La femme belle et triste, debout attend
Au coin de la rue là-bas
Ses longues jambes moulées dans des bas,
Noirs et indécents... Elle se vend.
Elle a le visage d'une fille que l'on a aimée
Mais l'allure d'une fille que la vie a malmenée...
Elle arpente lentement le trottoir de Paris,
Et moi je l'observe, chat épiant une souris.
Je veux l'aborder, lui parler, lui sourire,
Mais il est déjà loin pour elle le temps des amis
Elle en a trop eus, elle dont s'avilir
Est devenu le pain quotidien, plus qu'une infamie
Elle a oublié ce temps d'Ailleurs,
Ce temps d'Avant, quand amoureuse et lui rieur,
Elle se donnait heureuse à cet amant jeune,
Qui la dévorait de baisers, comme on déjeûne.
Je voulais peut-être lui rappeler ça
Mais sa digne pudeur m'en empêchait
Et je repartis seul sachant que cet homme là
Un jour d'Autrefois, c'était moi qui se souvenait.
Patrick Waldman - 1975